EHPAD, FAM, MAS, foyers… Comment s’y retrouver parmi les établissements spécialisés ?

Comprendre la diversité des établissements d’accueil

Face à la perte d’autonomie ou à la dépendance d’un proche, le choix d’un établissement adapté est l’une des étapes les plus sensibles et complexes du parcours d’aidant. Beaucoup connaissent l’EHPAD, mais il existe tout un éventail d'établissements spécialisés, chacun avec sa vocation, ses spécialités et ses publics. Pour éviter de se sentir submergé ou de prendre une décision précipitée, il est essentiel de bien saisir les différences de fond entre ces structures.

D’après la DREES (2023), on compte en France environ 7 500 établissements pour personnes âgées dont 6 900 EHPAD, mais aussi plus de 2 100 établissements pour adultes handicapés (MAS, FAM, foyers…). Chacun de ces établissements répond à des besoins différents, et il n’est pas rare que des confusions subsistent entre leurs champs d’action, leurs conditions d’accueil ou leurs projets d’accompagnement.

L’EHPAD : à qui s’adresse-t-il, quelle spécificité ?

L’EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) représente la solution la plus connue pour l’accompagnement des personnes âgées en perte d’autonomie importante.

  • Public accueilli : personnes âgées de plus de 60 ans, nécessitant une aide dans la majorité des actes de la vie quotidienne (toilette, repas, déplacements…)
  • Mission principale : proposer un accompagnement médico-social global : hébergement, soins paramédicaux, suivis médicaux, animations, restauration, sécurité 24h/24.
  • Personnel : équipes pluridisciplinaires (aides-soignantes, infirmiers, médecins coordonnateurs, animateurs…)
  • Tarifs : selon le GIR (niveau de dépendance), possibilité d’aide sociale ou d’APL, autour de 2 000€ à 3 000€ par mois en moyenne, avec de fortes variations régionales (Gouvernement.fr).

L’EHPAD est donc conçu pour prendre le relais d’une vie à domicile devenue difficile, proposer un cadre sécurisé et un suivi médical en continu. Il peut accueillir temporairement après une hospitalisation, ou à plus long terme.

Les autres établissements spécialisés : une mosaïque au service de la diversité des besoins

Contrairement à une croyance répandue, l’EHPAD n’est pas la seule solution lorsque le maintien à domicile devient compliqué. Voici les principales alternatives existantes :

Foyer d’accueil médicalisé (FAM)

  • Public : personnes en situation de handicap (adulte, parfois adolescent), ayant besoin d'aide pour presque tous les gestes de la vie mais ne relevant pas d'une surveillance médicale constante (contrairement à la MAS).
  • Objectif : proposer un accompagnement quotidien, adapté aux handicaps lourds, avec soins médicaux et activités éducatives; la dimension d'accompagnement social y est très forte.
  • Tarifs : pris en charge en grande partie par l’Assurance Maladie et les conseils départementaux. Reste à charge souvent limité (en moyenne 10% des ressources de la personne, avec aides possibles).

Maison d’Accueil Spécialisée (MAS)

  • Public : personnes atteintes de handicap grave, sans autonomie, nécessitant une surveillance médicale et des soins constants, dès 16 ans souvent.
  • Objectif : accueil à long terme, soins constants, protocole intensifié pour les situations complexes, activités malgré des handicaps lourds.
  • Tarifs : restent principalement couverts par des financements publics ; reste à charge limité.

Foyers de vie et foyers d’hébergement

  • Foyer de vie : personnes adultes avec un handicap limitant l’autonomie mais capables d’accomplir certains gestes essentiels. L’accent est mis sur les activités occupationnelles et sociales, moins médicalisé que le FAM ou la MAS.
  • Foyer d’hébergement : accueille des travailleurs en ESAT ou personnes en situation de handicap ayant une activité extérieure, l’hébergement sert de cadre sécurisant pour la nuit et les temps hors travail.

Autres structures (USLD, unités Alzheimer, etc.)

  • USLD (Unités de Soins de Longue Durée) : réservées aux patients en situation de dépendance très lourde, très médicalisée, souvent en continuité d’une hospitalisation.
  • Unités Alzheimer : souvent « EHPAD spécialisés », unités réservées aux troubles cognitifs majeurs, avec adaptation de l’accompagnement (jardin sensoriel, sécurisation…).

Quelles différences majeures avec l’EHPAD ?

Il est crucial de comprendre que chaque établissement se distingue avant tout par :

  • L’âge et le profil des personnes accueillies : l’EHPAD cible les personnes âgées (plus de 60 ans, parfois dérogation possible), les MAS/FAM/foyers concernent plutôt les personnes en situation de handicap, souvent dès l’âge adulte jeune ou dès l’adolescence.
  • Le degré de médicalisation : L’EHPAD propose un plateau médical standardisé, mais les MAS/USLD sont beaucoup plus médicalisées, les foyers de vie le sont peu.
  • Le projet de vie proposé : projet centré sur les soins et la sécurité en EHPAD, mais davantage sur la socialisation et l’épanouissement dans un FAM ou un foyer ; la MAS accompagne davantage l’intensité du handicap.
  • La place de la famille et l’ouverture sur l’extérieur : souvent plus grandes dans les structures pour personnes en situation de handicap, qui encouragent les liens sociaux, les sorties, voire un maintien partiel à domicile ou en famille.

Un chiffre-clé : Selon l'ARS Île-de-France, la moitié des adultes en situation de handicap lourd en établissement ne résident pas en EHPAD, mais principalement en FAM, MAS ou foyer de vie. Le choix du lieu d’accueil se fait donc en fonction du projet de vie, des besoins en soin, mais aussi de l’âge et du parcours antérieur.

Comment choisir ? Conseils et points clés à considérer

Faire un choix, c’est d’abord comprendre la situation de la personne aidée, mais aussi tenir compte de son évolution possible. Voici les grandes étapes à ne pas négliger.

  1. Évaluer précisément les besoins : Quels niveaux d’autonomie, de soins, d’activités sont nécessaires ? Un bilan auprès d’une équipe pluridisciplinaire (ex : équipes médico-sociales du Conseil départemental, MDPH) est indispensable.
  2. Bien connaître les critères d’admission : chaque structure a ses conditions : âge, niveau de handicap, diagnostic, situation de santé. Attention aux délais d’attente très variables (parfois plusieurs années en MAS/FAM).
  3. Se renseigner sur le projet d’accompagnement : le contenu des journées, la place des familles, l’ouverture sur l’extérieur, la personnalisation du projet de vie, la possibilité d’activités adaptées.
  4. Visiter les établissements : rien ne remplace une visite : ambiance, propreté, échanges avec le personnel, possibilité de discuter avec d’autres familles.
  5. Comparer les coûts restants à charge : important de vérifier le financement, les aides mobilisables (APA, aide sociale, AAH, PCH, etc.), car les modèles diffèrent beaucoup entre EHPAD et MAS/FAM.

À noter : il peut y avoir, sur un même site, plusieurs types d’établissements avec des passerelles (ex : une MAS et un FAM côte à côte). Il existe aussi des formules mixtes ou temporaires (accueil de jour/non résidentiel).

Exemples de parcours et témoignages 

Un fils racontait récemment sur le site de France Alzheimer comment, face à la maladie d’Alzheimer de sa mère, il avait lui-même hésité entre l’EHPAD « classique » et une unité spécialisée. Finalement, la présence d’un jardin sécurisé, d’ergothérapeutes familiers des troubles cognitifs et de groupes de stimulation cognitive avaient fait pencher la balance vers un PASA (Pôle d’Activités et de Soins Adaptés) d’EHPAD.

Dans une autre situation, pour un jeune adulte polyhandicapé, la famille s’est tournée vers une MAS malgré l’attente de plusieurs mois. Pourquoi ? Parce que les soins quotidiens (kinésithérapeute, suivi médical), l’accès à l’eau (balnéothérapie) et la stimulation sensorielle y étaient personnalisés, adaptés à une situation très complexe, bien différentes de l'accompagnement proposé en EHPAD.

Ces exemples montrent que le « bon » établissement est celui qui s’ajustera au fil du temps aux attentes de la personne aidée, mais aussi à celles de l’aidant, en matière de lien, de disponibilité, de projet de vie et d’équilibre psychologique.

Ressources utiles et pistes pour aller plus loin

Les situations sont souvent complexes, parfois évolutives. Se faire accompagner dans le choix, ne pas rester seul face aux démarches, suppose de mobiliser le plus tôt possible l’ensemble des acteurs locaux : services sociaux du Conseil départemental, équipes MDPH, réseaux associatifs… Ce travail collectif est, à chaque étape, un levier pour garantir la meilleure qualité de vie possible à la personne concernée, tout en préservant la santé de l’aidant.

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